« Si le ciel existe effectivement, le delta du Danube en fait partie » – voilà ce que disent beaucoup de ceux qui connaissent ce paysage.
Le delta est formé par le fleuve le plus long d’Europe, qui prend source près de Donaueschingen en forêt Noire (Allemagne). Sur son parcours de 2 860 km, le Danube traverse dix pays et quatre capitales. Beaucoup d’Amis de la Nature riverains de ce fleuve magnifique ont grandi dans ses paysages uniques, mais savent peu des régions où le Danube se jette dans la mer Noire (Roumanie et Ukraine).
L’expression « delta » a des origines lointaines. Les premiers Grecs qui ont vu l’embouchure du Nil lui ont donné le nom de delta en raison de sa ressemblance avec la lettre grecque. Le delta du Nil étant « né » ainsi, beaucoup d’autres embouchures de fleuves dans le monde entier ont par la suite été désignées par le même terme. Parmi eux le delta du Danube, qui occupe le 23e rang parmi les embouchures de fleuve du monde.C’est le plus grand delta d’Europe et celui qui dispose de la plus grande biodiversité. Il se trouve dans l’est de la Roumanie et dans le sud de l’Ukraine et s’est formé il y a environ 2 000 ans, là où se trouvait auparavant un golfe de la mer Noire. C’est donc l’un des plus jeunes paysages d’Europe. Sa surface totale est de 5 240 km2, le delta à proprement parler en occupe 4 250 km2. Il a 80 km de long et de large ; à cela s’ajoute le complexe lagunaire de Razim-Sinoë dans le sud avec une surface de 990 km2. Pas loin de Tulcéa, porte d’entrée principale au delta, le Danube se partage d’abord en deux bras (bras de Chilia et de Tulcéa), ensuite en deux bras de plus (bras de Sulina et de Sfantu Gheorghe). Le bras de Sfantu Gheorghe se trouve le plus au sud et, avec une longueur de 109 km, il est le plus ancien bras du Danube. Les nombreux habitats romains et grecs le long du Danube en sont les témoins. Il est aussi prouvé ainsi que le Danube fut dans les temps anciens, mais aussi à d’autres époques, une artère économique de grand intérêt. A l’époque grecque Histria fut le plus important port, d’où furent exportés par la mer Noire grains, poissons et sel, les habitants du delta recevant en échange huile d’olive, épices et fruits.
Le deuxième bras du Danube, le bras de Tulcéa, traverse cette ville portuaire de plus de 90 000 habitants. Le bras de Sulina fut artificiellement créé en 1890 par la Commission Européenne du Danube, afin de faciliter la navigation. Après les mouvements iso géographiques des plaques tectoniques, le bras nord est par la suite devenu le plus grand bras du Danube. 65 % de l’eau du Danube s’écoulent à présent par ce bras vers la mer Noire.
Le delta du Danube est une véritable mosaïque ethnographique, connue et décrite dès l’époque d’Hérodote, de Strabon, de Ptolémée, d’Ovide et d’autres écrivains.Gètes, Romains, Daces, Valaques, Grecs, Slaves, Bulgares, Tatars, Turcs et autres y ont laissé leurs traces. De nous jours Roumains, Lipovans, Ukrainiens, Turcs, Tatars, Bulgares, Grecs, Allemands, Italiens, Roms et Sinti, Aroumains et Arméniens se partagent ce territoire, où il existe aussi une communauté juive. On dit que le delta est un musée ethnographique vivant, une Europe et une Asie unies autour de l’embouchure du plus grand fleuve d’Europe.
A la diversité ethnographique s’ajoute la diversité géologique, géographique et surtout biologique de la région. C’est à la collision de deux plaques tectoniques que la région doit son caractère géomorphologique actuel. Nous y trouvons le massif calcaire le plus ancien de Roumanie, le massif hercynien. Dans ses parties sud le delta est vallonnée, avec des altitudes de plus de 240 m.
C’est sa biodiversité exceptionnelle qui fait la réputation du delta du Danube. Pour plus de 1 160 espèces végétales c’est l’habitat le plus septentrional: par exemple pour la liane Periploca graeca et pour d’autres plantes qu’on ne trouve nulle part ailleurs en Europe. Cette grande diversité résulte de la présence de 35 écosystèmes au niveau du delta du Danube. C’est ici qu’on trouve la plus grande roselière compacte à Phragmites communis du monde, ce qui fait du delta la plus vaste installation d’épuration biologique. Des forêts de chênes pédonculés se sont formées il y a 600 ans dans les zones dunaires. Pas loin de ces forêts nous trouvons des dunes de sable avec une flore steppique et de nombreux invertébrés. Les mammifères – sanglier, chacal, chien viverrien, loutre, rat musqué et chat sauvage – complètent ce tableau de nature intacte.
Au-dessus du delta du Danube se croisent six voies importantes de migration d’oiseaux, avec 324 espèces recensées chaque année – un vrai paradis pour les ornithologues. C’est ici que se trouvent les plus grandes colonies nicheuses des pélicans blanc et frisé d’Europe. Des rapaces comme le pygargue à queue blanche, les faucons cobez, pèlerin, sacré et crécerelle, les buses variable et battue, la chouette hulotte et le hibou des marais sont les garants d’un écosystème équilibré.
Bien entendu, le delta du Danube présente aussi un grand intérêt économique pour les populations locales. Parmi les 150 poissons du delta figure l’esturgeon – toujours menacé d’extinction en raison de la production du caviar noir. Carpe, brochet, sandre, perche, silure sont au menu de presque toute cabane de pêcheurs.
Après qu’en 1990 et grâce au soutien de Jacques-Yves Cousteau le delta du Danube fut déclaré réserve de biosphère et classé parmi le patrimoine mondial de l’Unesco dans le cadre de son programme « L’homme et la biosphère », les populations riveraines ont commencé à apprendre quels revenus elles peuvent tirer du tourisme doux. Plusieurs pêcheurs du delta ont pu rénover leurs maisons et proposent des chambres chez l’habitant. Par rapport aux hôtels des villes du delta, ce type d’hébergement présente l’avantage, pour les touristes, d’être mieux placés pour découvrir la région avec les gens du pays ; un autre avantage réside dans le fait que les revenus de ce type de tourisme restent acquis à la région. Ce développement a eu des conséquences positives, par exemple une compréhension croissante des populations pour les projets touristiques ou les concepts visant à sauvegarder la biodiversité. Plusieurs jeunes opérateurs touristiques, souhaitant sauvegarder ce paradis pour les prochaines générations, proposent désormais des activités de tourisme doux.
En collaboration avec les Amis de la Nature roumains, l’IAN souhaite, elle aussi, contribuer à la survie de ce paradis et a choisi le delta du Danube comme Paysage de l’année 2007/2008.





